« Shotokan » était le nom que les élèves utilisaient pour désigner le dojo de Maître Funakoshi à Tokyo. (« Shoto » étant le nom de plume de Funakoshi, «
Shotokan » signifie littéralement « Maison de Shoto »). « Shotokan », à l'origine, ne faisait donc pas référence à la pratique de Gichin Funakoshi.
Cependant, celui-ci ayant eu accès à l'enseignement du Shorei et du Shorin Ryu par l'intermédiaire de deux professeurs différents, il en établit la synthèse. Les kata
issus du Shorin sont les 5 Pinan, Koshokun, Passai, Chinto, Jitte. Les formes provenant du Shorei sont les 3 Naihanchi, Seishan, Wanshu et Jion.
Pour faciliter la transmission, il renomma à la manière japonaise tout ce qui pouvait rappeler l'origine chinoise du Karate. Aussi les kata cités précédemment
deviennent respectivement : Heian, Kanku, Bassaï, Gankaku, Jitte, Tekki, Hangetsu, Enpi et Jion. Avec le temps, le terme « Shotokan » finit par être assimilé à la méthode de Gichin
Funakoshi.
Si beaucoup le considèrent comme le « père du Karate moderne », cette définition n'est pas tout à fait exacte, puisqu'il n'a pas créé de système particulier. Il est
plus juste de reconnaître qu'il a contribué à l'exportation du Karate hors d'Okinawa, qu'il l'a ainsi fait connaître au monde entier.
En revanche, Yoshitaka Funakoshi, le 3e fils du Maître, révolutionna le Karate de son père. Malade depuis son plus jeune âge, et sachant qu'il ne vivrait pas
longtemps, Yoshitaka axa son entraînement sur l'efficacité. Il souhaitait devenir le meilleur en un minimum de temps. Cette motivation est renforcée par le contexte de l'époque
puisque nous sommes en pleine seconde guerre mondiale.
Il commença à amplifier les mouvements, élargir au maximum les postures et modifier certaines techniques afin de les rendre encore plus efficaces. Il introduisit de
nombreux exercices préparant au combat, parfois contre l'avis de son père qui était opposé à toute forme d'assaut. Et c'est certainement de cette époque que ce style a développé
son plus gros défaut : il ne tient pas compte des séquelles que peut provoquer une pratique intensive. Mais ses recherches ont été fondamentales pour l'évolution de cette école et
il s'agit bien de la version du Shotokan que nous pratiquons aujourd'hui.
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En parallèle, d'autres acteurs okinawaiens travaillaient de leurs côtés. Ainsi, le Shorei Ryu, par l'intermédiaire de Maître Miyagi, donna naissance au Goju Ryu ( style
très circulaire insistant sur la respiration ) , et Maître Mabuni créa le Shito Ryu en faisant une nouvelle synthèse du Shorei et du Shorin.
Il est intéressant de noter que Maître Miyagi participa à la même démonstration que Gichin Funakoshi en 1922, mais le fait que Funakoshi resta au Japon lui permit
très certainement de faire connaître son art de manière plus efficace. Néanmoins, il est indéniable que Miyagi et Mabuni ont travaillé à la diffusion du Karate puisqu'ils ont également
écrit des livres dans les années 30.
Le Wado Ryu, pour sa part, fut créé à partir du Shotokan ancien et du Jujitsu que Maître Otsuka avait appris avant de rencontrer Gichin Funakoshi. Otsuka,
pratiquant confirmé d'autres arts martiaux, fut dans un premier temps fasciné par le Karate de Gichin Funakoshi. Mais il ressentit rapidement le besoin d'appliquer ses techniques en
combat et fut obligé de quitter son ancien mentor afin de travailler de la façon qui lui convenait le mieux. Nous pouvons tout de même supposer que le Shotokan doit beaucoup à la
collaboration de l' « élève » Otsuka qui apporta toutes ses connaissances du Jujitsu à Maître Funakoshi.
Aujourd'hui, il existe plus d'une centaine de styles de Karate. Mais il est intéressant de noter que les principales écoles ont toutes été enregistrées au Japon entre
1930 et 1940. D'autre part, malgré les divergences techniques ou d'opinions, de nombreux documents montrent que les différents maîtres de Karate se connaissaient, se
reconnaissaient, et ont plus ou moins collaboré pour la diffusion du Karate au Japon.
Notons que le style Uechi Ryu date de la même époque. Mais il est importé directement de Chine, sans aucune adaptation Okinawaienne, puisque Maître Uechi y
vécut plusieurs années avant de revenir s'installer aux Ryu-Kyu. Cependant, il semble qu'il n'ait jamais eu le désir de venir au Japon pour faire diffuser son art en même temps que
ses confrères.
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Ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale qu'un groupe d'anciens élèves du Shotokan se rassembla pour former la J.K.A (Japan Karate Association ou encore
Nyhon Karate Kaï). Funakoshi Sensei, déjà bien âgé, accepta d'en être président d'honneur.
Afin de faire connaître le Karate, de nombreuses démonstrations eurent lieu pour les militaires américains en poste au Japon, mais aussi à l'étranger. Pendant ces
années, l'association s'attacha à analyser de manière scientifique le Karate. Des élèves furent envoyés étudier d'autres styles, ce qui permit d'adapter d'autres kata à la méthode
Shotokan ( dont Niju Shiho, Jiin, Sochin, Meikyo, Goju Shiho et Unsu) . Et des cours spéciaux furent donnés pour former les instructeurs avant de les envoyer aux quatre coins du
monde.
Bien que Gichin Funakoshi soit contre le principe des assauts lors de l'entraînement, il ne put retenir la fougue de ses jeunes étudiants qui souhaitaient s'exprimer à
travers le combat de Karate. Ainsi, quelques mois après la mort du Maître, la JKA put organiser son 1er championnat du Japon en 1957.
Quelques années plus tard, tous les principaux styles de Karate japonais se regroupaient sous la bannière de la All Japan Karate Federation ( AJKF ) afin de montrer
que, malgré la diversité des styles, le Karate n'était qu'une seule entité.
D'après nos sources, l'UEK ( Union Européenne de Karate ) fut créée en 1965 et le premier championnat du monde se passa au Japon en 1970. C'est dire la rapidité
avec laquelle le Karate s'est déployé à l'échelle mondiale. Il est indéniable que le combat sportif en a été le facteur le plus efficace.
Références :
cf. Karate Do, ma Voie, ma Vie de G. Funakoshi p89
cf. Shotokan master's Kumite d'Andre Louka p15-16
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